D’où viennent les noms des anticyclones et des dépressions ?

Était-ce Lothar ? Ou peut-être Viviane ou Karine ? Dans les bulletins météorologiques, on utilise souvent des prénoms pour désigner des phénomènes complexes, tels que les zones de haute et de basse pression. Mais d’où vient cette tradition ? Qui décide des noms à attribuer et pourquoi certains phénomènes ont des prénoms masculins et d’autres des prénoms féminins ? Les besoins des météorologues, la nécessité de récolter des fonds et la question de l’égalité entre les filles et les garçons ont contribué à l’apparition de cette drôle de pratique.

Origines

L’idée de baptiser les systèmes météorologiques est relativement ancienne. Bien avant l’avènement de la météorologie moderne, les phénomènes climatiques marquants étaient souvent désignés de manière informelle par le nom du saint du jour de l’événement ou d’après la région où il était survenu.

C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que le service météorologique américain a commencé à donner systématiquement un nom aux phénomènes météorologiques. Des prénoms féminins ont d’abord été choisis par ordre alphabétique pour désigner les cyclones tropicaux du Pacifique, les typhons. La raison était pragmatique : en cas de survenue simultanée de plusieurs tempêtes, pouvoir les désigner chacune par son nom faciliterait considérablement la communication ainsi que le suivi de leur trajectoire. Cette méthode s’est révélée si efficace qu’elle a ensuite été étendue aux cyclones tropicaux de l’Atlantique, les ouragans.

Depuis la fin des années 70, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) attribue les noms des cyclones tropicaux du centre et du nord de l’Atlantique, à partir de listes de noms classés par ordre alphabétique. À la suite de critiques déplorant une discrimination envers les femmes, car ces phénomènes sont souvent associés à des destructions massives et à de lourdes souffrances humaines, on alterne désormais prénoms masculins et féminins.


Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar a laissé derrière elle un vaste couloir de destruction dans le nord de la France, en Suisse, dans le sud de l’Allemagne et en Autriche.
Le 26 décembre 1999, la tempête Lothar a laissé derrière elle un vaste couloir de destruction dans le nord de la France, en Suisse, dans le sud de l’Allemagne et en Autriche.

Offre pédagogique : Pour en savoir plus sur le thème des tempêtes

  • Cahier d’exercices : p. 21 et 22
  • Fiche de travail « Apprends à reconnaître la force du vent »
  • Document audio « Tempête »
  • Article de blog « Attention : avis de tempête ! 

La dénomination des tempêtes en Europe

Les bases de la dénomination des systèmes météorologiques en Europe ont été posées en 1954 par Karla Wege, alors étudiante à l’Institut de météorologie de l’Université libre de Berlin (FU Berlin). Notons que cette pratique d’appellation ne concernait pas uniquement les dépressions, mais aussi les zones de haute pression. 

À l’origine, même à Berlin, les dépressions recevaient exclusivement des prénoms féminins, tandis que les anticyclones portaient des prénoms masculins. Cette habitude a suscité également des débats dans les années 1990. Ainsi, à partir de 1998, des prénoms masculins et féminins ont été attribués aux hautes et basses pressions, alternativement, d’une année sur l’autre. Par conséquent, lors des années impaires, comme 2025, les anticyclones portent des noms féminins et les dépressions des noms masculins. Les années paires, comme 2026, c’est l’inverse.


Le financement de la recherche grâce au programme de parrainage Aktion Wetterpate

En 2002, l’Université libre de Berlin a lancé ce programme qui permet à tout un chacun d’« adopter » un anticyclone ou une dépression. L’opération est relancée chaque automne pour l’année suivante. Les recettes générées sont investies dans la recherche, en soutien aux observations météorologiques menées par les étudiants de l’Institut de météorologie. 

En contrepartie, le parrain ou la marraine reçoit un certificat ainsi que l’histoire détaillée de son anticyclone ou sa dépression. La majorité des parrains habitent dans des pays européens, mais des parrainages ont également été enregistrés depuis le Brésil, le Japon ou encore l’Afrique du Sud.



La tempête hivernale Éléanor a traversé de vastes régions d’Europe centrale en 2018. Au parc animalier Goldau, une rafale de vent a été enregistrée à 226 km/h, tandis que l’Oberland bernois a été touché par des inondations et des laves torrentielles.
La tempête hivernale Éléanor a traversé de vastes régions d’Europe centrale en 2018. Au parc animalier Goldau, une rafale de vent a été enregistrée à 226 km/h, tandis que l’Oberland bernois a été touché par des inondations et des laves torrentielles.
Suite au passage de la tempête Boris, le Danube a atteint en septembre 2024 des niveaux sans précédent depuis plusieurs décennies. L’Autriche, la Tchéquie et la Pologne notamment, ont été particulièrement touchées par des pluies diluviennes.
Suite au passage de la tempête Boris, le Danube a atteint en septembre 2024 des niveaux sans précédent depuis plusieurs décennies. L’Autriche, la Tchéquie et la Pologne notamment, ont été particulièrement touchées par des pluies diluviennes.

La situation en Europe – une mosaïque complexe

La dénomination définie par l’Université libre de Berlin (FU Berlin) est toujours en vigueur aujourd’hui et demeure très répandue dans les pays germanophones. Néanmoins, dès le milieu des années 90, d’autres services météorologiques en Europe ont aussi adopté cette pratique de nommer des zones de basse pression présentant un potentiel de danger. 

En effet, les noms attribués par l’Université berlinoise ne concernent pas les seules dépressions potentiellement dangereuses, mais l’ensemble des zones de basse et de haute pression influençant le temps en Allemagne. En outre, l’Institut de Berlin se concentre sur les systèmes de pression atmosphérique qui affectent principalement le territoire allemand. Dès lors, les systèmes se déplaçant, par exemple au-dessus de la Scandinavie, de l’Europe occidentale ou méridionale, ne sont pas nécessairement pris en compte.

Cette situation a conduit, au fil des années, à des regroupements entre plusieurs services météorologiques européens pour nommer les dépressions orageuses représentant une menace. L’un de ces regroupements, qui réunit les services météorologiques britannique, espagnol et français, attribue des noms aux tempêtes affectant l’Atlantique Nord et l’Europe occidentale. Les services scandinaves, quant à eux, baptisent les tempêtes qui touchent la Norvège, la Suède et le Danemark.


Coordination accrue en Europe depuis 2022

Depuis fin 2022, une coordination plus étroite existe en Europe pour la dénomination des zones dépressionnaires qui représentent une menace. Le réseau des services météorologiques nationaux européens (EUMETNET) coordonne ce processus par l’intermédiaire d’une initiative spécialement créée à cet effet, la Storm Naming Procedure

Désormais, lorsqu’une alerte doit être émise pour un pays du continent européen, le groupe compétent, composé des services météorologiques nationaux concernés, peut attribuer un nom à la zone de basse pression à l’origine de la dépression orageuse. Ce nom est ensuite repris par les autres services météorologiques et considéré comme officiel. L’objectif demeure aujourd’hui encore d’améliorer la communication des risques lors d’événements météorologiques transfrontaliers.

Ce système fonctionne toutefois en parallèle au dispositif de parrainage berlinois, ce qui explique pourquoi une même tempête peut porter en Allemagne un autre nom qu’à l’international. Ainsi, la tempête ayant entraîné d’importants dégâts dans plusieurs régions d’Europe en février 2020 s’appelait Sabine en Allemagne et en Suisse, tandis qu’elle était connue sous le nom de Ciara au Royaume-Uni.


La tempête Ciara a touché terre près de Porthcawl, dans le sud du pays de Galles, provoquant d’énormes vagues qui ont déferlé sur la côte.
La tempête Ciara a touché terre près de Porthcawl, dans le sud du pays de Galles, provoquant d’énormes vagues qui ont déferlé sur la côte.